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Quelques photos, choix difficile tant elles sont nombreuses


LA CHRONIQUE DE ROMAIN BOFI – Au clair de la lune, mon ami Pierrot… – Avec une photo de Robert Galdeano





« Au clair de la lune,

Mon ami Pierrot,

Prête-moi ta plume

Pour écrire un mot.

Ma chandelle est morte,

Je n’ai plus de feu,

Ouvre-moi ta porte,

Pour l´amour de Dieu. »







La nuit est tombé sur un mardi où l’émotion nous a envahi. La lune est là, haute dans le ciel, centre du monde entouré d’étoiles. Tu n’es plus là… les taureaux pleurent encore le grand homme de Camargue. Ils n’entendent plus le son de ta voix, ni le son de l’obturateur de ton appareil photo. La lueur, le clair de lune projette cette lumière blanche, que tu as rejoint pour l’éternité. La plume et les mots que tu nous a laissé, nous permettrons d’avancer dans le sens que tu as tracé, pendant tant d’années. Le jour où nous aurons le doute, la peur, l’inconfiance en nous, nous regarderons la lune, et nous te verrons, sur ton cheval, élever fièrement nos couleurs, nos valeurs, l’étendard de la culture camarguaise.


La nuit s’écoule, les nuages envahissent le ciel, la lune se cache derrière eux, nous sommes le mercredi 28 février. Comme la saint d’aujourd’hui, tu laisseras à travers l’histoire, l’emprunte de ton nom.


Le matin se lève. Comme un signe du destin, la neige tombe et envahit le sol de son manteau blanc. Le blanc, synonyme de « pureté », « liberté », le cheval blanc de Camargue.


Le ciel déverse sa poudre pour recouvrir de blanc éternel, la mémoire de Pierre Aubanel, légende parmis les légendes de la Camargue


Texte de Romain Bofi © Toril TV

HOMMAGE A PIERRE AUBANEL



LA CHRONIQUE DE DANY COEUR Adieu Pierre, je vous ai aimé moi aussi….



ADIEU PIERRE, JE VOUS AI AIMÉ MOI AUSSI….

C’était une fin Mars dans un petit village.

Vous êtes rentrés et tout naturellement vous êtes venus vers moi.

Autour de vous flottait comme une aura.

Avec vous le mistral, le galop des camarguais et le mugissement des taureaux.

Impeccablement habillé, j’ai senti sur votre joue comme un goût de sel.

Vos rident vous allaient bien, vous étiez beau.

En rentrant chez moi j’ai décidé de me replonger dans cette Manade mythique qui est

la vôtre.

Tout commence en 1894 quand le Marquis Folco de Baroncelli décide de créer une

Manade de purs camarguais sur les terres des Saintes Maries de la Mer à Cacharel,

au Mas de L’Amarée.

L’été il se retire au Cailar, à la fraîche.

Il y devient vite une célébrité.

D’ailleurs en 1905 il y convie deux chefs indiens et deux cow-boys de la troupe de Buffalo Bill, de passage à Nîmes.

A cette époque où les distractions étaient peu nombreuses, vous vous imaginez le succès.

Malheureusement dans ce pays des extrêmes une crue du Rhône lui fait perdre une partie de son élevage.

L’argent manque cruellement et l’hôtel de Baroncelli doit être vendu.

En 1919 commence l’ascension de sa popularité avec la naissance de cocardiers qui deviendront célèbres.

En 1919 il doit quitter le Mas de l’Amarée dont il était locataire, faute de moyen.


Les habitants des Saintes Maries de la Mer se cotisent alors pour lui offrir un terrain où il va construire la réplique de l’Amarée, le Mas du Simbeu.

En 1942 les allemands arrivent et le chassent.

Il meurt en 1943 et en 1944 les allemands mettent le feu au Mas.

J’ai oublié de vous dire qu’en 1933, Henri Aubanel épouse Frédérique, la fille du marquis et qu’il devient Manadier à son tour.

En 1938, le marquis blessé par un cheval commence à cesser son activité.

Henri prend son envol.

En 1944 naissance du célèbre Vovo dont la statue orne le parvis des arènes des Saintes.

Un fauve qui préférait traverser les barrières plutôt que de les sauter.

En 1951, 48 poutres, plusieurs barrières et la buvette sont démolies à Lunel.

Autant vous dire qu’il faisait la joie des camarguais.

Comme son beau-père Henri connaît des difficultés financières.

On sait tous qu’on s’enrichit rarement dans le milieu de la bouvine.

Et voilà pas que son fils Pierre, après un bref passage chez les Jésuites décide de venir travailler avec lui.

Un genre de Vovo dont il avait choisi le prénom ce Pierre, il fonce envers et contre tous.

A trente ans il crée sa propre Manade à St Gilles avec quelques taureaux que son père a bien voulu lui offrir à contre-coeur.

En 1998, Henri meurt et Pierre prend alors les rennes de la Manade qu’il nomme

Manade La Santenco Aubanel Baroncelli

Il y est secondé par ses deux fils Béranger et Réginald.

Mais Pierre n’est pas seulement Manadier.

Il est aussi un éminent photographe qui a exposé dans le monde entier.

Moi qui n’aime que la puissance et la gaieté des couleurs fortes , je ne peux qu’adorer ses photos pourtant en noir et blanc.

Il faut être du sérail pour arriver au bon moment, parcourir les terres à cheval et aimer, aimer à en mourir ces chevaux et ces taureaux.


Voilà, c’est l’histoire des Aubanel, une histoire d’hommes, une histoire de camarguais.

L’histoire de Pierre qui est parti aujourd’hui.


ADIEU PIERRE, JE VOUS AI BEAUCOUP AIMÉ ET JE CONTINUERAI…


 DANY COEUR

Le mardi 27 février 2018, la Camargue pleurait Pierre Aubanel, figure emblématique , dernier chevalier  d’une famille qui a voué sa vie pour défendre  nos traditions . Oui, Pierrot était un chevalier du XXIème siècle, avec toute l’acception du terme : homme de cheval avec du courage à revendre, téméraire , généreux, élégant, courtois.

En cette très froide journée d’hiver, ses amis , ses gardians, tout le peuple « aficiouna » l’a accompagné à sa dernière demeure.

A Barjac , dès 10h, les taureaux « acampés » dans le clos de tri attendaient « leur  pelot » . Sur une musique de Vivaldi, le cercueil porté sur les épaules passa devant le troupeau ébahi, accompagné par les gardians  qui faisaient une haie d’honneur . Il fut déposé près du « bouvaou » , face  au troupeau .Moment simple,recueilli et grandiose à la fois.

Béranger ,soutenu par Réginald , prit la parole, soulignant  le caractère «  battant », pourfendeur de ce père  qui leur disait toujours   « Avant ! »

.Michel Gontard, cavalier amateur de la première heure, adressa un hommage  soutenu à son ami de plus de 50 ans ;un autre ami , cavalier amateur aussi, malgré son âge avancé, Robert Bourguet de Saint Géniès de Malgloires,assis sur un fauteuil ,dit toute sa reconnaissance et un grand merci à celui qui lui avait permis de partager cette vie gardianne et d’en connaître les émotions.

Gérard Doustaly, le célèbre « Pissou », rendit hommage à Pierrot, en rappelant des souvenirs et déclamant « La preguiero dòu gardo bestiau » de d’Arbaud.

Monsieur le maire de Saint-Gilles ,M.Valadier  dit tout le bien qu’il pensait de ce manadier local, homme plein de volonté, d’abnégation, de gentillesse et de courtoisie. Patrick Gontard, avocat au barreau d’Avignon, cavalier  chez Pierrot pendant de nombreuses années, s’adressa directement à celui qui avait choisi de continuer « le mestié de glori », métier difficile , qui demande beaucoup d’endurance et d’obstination.

Le convoi prit ensuite la direction des Saintes Maries de la mer. Il traversa cette Camargue battue par le vent , sous un ciel limpide , mais dans un froid sibérien. Les roseaux dans les étangs gelés ,saluaient au passage.

Au mas du Simbéu, les cavaliers, les arlésiennes dans leurs  costumes de deuil,  les amis se rassemblèrent autour du tombeau du Marquis, tombeau sur lequel fut déposé le cercueil du défunt. Image émouvante, forte par sa symbolique…

Béranger prit la parole : « Voilà papa, tu voulais revenir aux Saintes ,tu y es ! ». Là, il évoqua le nom que lui avaient attribué les indiens « zintkala ohitika », c’est-à-dire « l’oiseau qui fait de l’avant » .

Pierre de Montgolfier, cousin de la famille rappela des souvenirs partagés et termina par quelques vers –en français- du poème de Baroncelli « Lou biou » .Michel Gontard reprit la parole.

Entouré par les cavaliers sur leur monture, le convoi mortuaire se dirigea vers le village où une foule de gens l’attendait. Devant les arènes, le cortège se forma pour regagner l’église. Derrière la voiture mortuaire, marchait le cheval de Pierrot, la selle drapée de noir,  de chaque côté ,ses fils tenant leur monture en dextre, la famille  avec les quatre petits-enfants :Charlotte, Pauline, Maxime et Théo, tous en tenue gardianne, de part et d’autre les gardians à pieds,  « fer en bas » avançaient lentement.

Sur le parvis de l’église, le Père Jean-Rémi, curé de la paroisse ,le Père Xavier de  Roux, ami de la famille, le Père Michel Desplanches, vicaire général d’Aix et majoral du félibrige, accueillirent  le défunt .La messe fut concélébrée.

Le cercueil drapé du drapeau français , rappelait que Pierrot avait été  soldat en Algérie .

L’église s’est révélée trop petite pour contenir toute la foule ; c’est dehors et debout , en essayant de se protéger du vent glacial, que de nombreuses personnes ont « suivi » la cérémonie. Le père Desplanches dans ses paroles rappela  qu’en ce jour, Pierrot allait retrouver sa maman Riquette Aubanel, son père Henri et sa sœur  Galou (de son vrai nom Laurencie)  . Tantôt la chorale, tantôt les

 tambourinaires  intervinrent .L’homélie fut donnée par le Père de Roux ami de la famille qui, en soulignant l’espérance que nous devions avoir , nous chrétiens, il parla des qualités du cavalier  qu’était Pierrot et  le souvenir du cheval Camérone  qu’il lui avait donné.
Toute l’assemblée chanta « le pater » de Mistral.
Avant la fin de la messe, Guy Chaptal pour la Nacioun gardiano intervint, suivi par Jean Lafon pour les manadiers d’abrivado, M. le maire Roland Chassaing,  Claude Chaballier pour M.Marcel Raynaud.
Fils et petits-enfants se levèrent pour un dernier hommage.

Le Père Desplanches entonna le cantique aux Saintes : « Voyez ô Sainte Maries , nos pauvres âmes qui prient,nous tous enfants du terroir , en vous nous avons espoir ».
Avant la bénédiction finale, «  l’Avé Maria » fut chanté par Régine Pascal.

A la sortie de l’église , le cortège se reforma pour se rendre au cimetière.Le soleil déclinait, le vent n’avait pas cessé, le froid était mordant.

Le jeune Florent  Lupi , petit-fils du manadier Chapelle adressa un message d’amitié à Pierrot. Patrick Gontard s’adressa une dernière fois à lui : « Le jeudi 22 février, tu rejoignais le Bon Dieu et il a dû te dire (comme le renard au petit prince qui voulait qu’il lui dessine une fleur), dessine-moi un taureau ! Aujourd’hui, 4 jours après, c’est une manade que tu as dû Lui dessiner ! »

Les prêtres récitèrent une dernière prière et le voyage de Pierrot se terminait là, comme il l’avait souhaitait, dans cette terre « santenco »,si chère à son cœur.

« Adessias Pierrot e gramaci, la Camargo noun toublidara ! »


Chantal AGNEL

Pierre Aubanel Dans les années 67, figurant dans la série télévisée  « Mato et les indiens » tournée en Camargue Des années plus tard, il deviendra:   Zintkala Ohitica Retour Accueil